Pleurer et émotion

Pourquoi s’empêcher de pleurer quand on est ému ?

Pourquoi s’excuser de pleurer ? Pourquoi vouloir absolument « être plus fort » que l’émotion ? Est-ce qu’ « être un homme » interdit de pleurer ? Une question qui m’interpelle ce matin en écoutant le témoignage d’Ousmane Dembélé pour son ballon d’or à la radio ce matin sur ce moment d’émotion dont il s’excusait presque : « Je m’étais dit que je ne pleurerais pas. J’aurais voulu être fort. Mais quand j’ai évoqué ma famille, je n’ai pas pu me retenir ».

Pleurer : une émotion aux multiples fonctions

Quelle qu’elle soit, l’émotion est un indicateur extrêmement positif : colère, joie, tristesse, angoisse, peur, excitation… chaque émotion a une fonction et vient nous dire quelque chose de ce que l’on vit. Comme l’explique le psychanalyste Christophe André, chaque émotion nous rappelle que l’on est vivant et bel et bien connecté avec ce que l’on ressent à l’instant présent. Les larmes, qu’elles viennent de la joie comme de la tristesse ou de la colère, permettent sincérité et authenticité pour communiquer, se comprendre et vivre ensemble.

La famille est bien souvent un terrain favorable à l’émotion. Et les larmes sont fréquentes lorsque l’on évoque un être cher disparu, un parent vieillissant, un souvenir d’enfance ou un souvenir moins agréable. Personnellement, j’ai longtemps ressenti les larmes comme un échec – oh zut tu pleures encore – : je me reprochais de ne pas arriver à dire les choses sans être débordée par l’émotion. Alors que je voulais exprimer avec sincérité ce que je ressentais. Plus tard, j’ai compris que ce n’était pas mes larmes le problème mais le problème que mon entourage portait sur elles. Comme un aveu de faiblesse… « elle pleure encore » !

Aujourd’hui le travail fait sur mes émotions et ce qu’elles cachaient m’a permis une forme de mise à distance pour non pas ne plus être émue mais être moins touchée par ce qui me faisait mal et pouvoir l’exprimer autrement.

Pleurer : une autre manière de parler

Dans le travail sur le récit de vie, les larmes s’invitent souvent. Et elles sont toujours les bienvenues. Parce qu’à leur manière, elles viennent nous dire quelque chose que les mots n’arrivent pas à exprimer. Et parce qu’elles soulagent aussi. Pleurer c’est vider un bout du trop-plein, c’est libérer ce que l’on cherche à enfouir et à faire taire. Les larmes nous rappellent que l’émotion est là et qu’elle ne demande qu’une chose : qu’on lui accorde le droit de parler. Alors seulement on peut reprendre le chemin et avancer plus léger.

S’accorder le droit de pleurer

Pour mes filles adolescentes et toutes les jeunes femmes (et hommes) qui souffrent au quotidien de l’hypermasculinité qui semble revenir en force dans une partie de la jeune génération, j’espère sincèrement que les larmes d’Ousmane Dembélé auront pu contribuer à montrer à tous ceux qui le regardaient que ce n’est pas la honte de pleurer.
Oui les larmes peuvent monter lorsque l’on est ému.
Oui on peut dire « merci à sa maman et à sa famille » de l’avoir soutenu et pleurer en le disant : c’est même le plus beau cadeau qu’il pouvait se faire à lui-même et faire à sa famille comme à celles et ceux qui l’admirent.

Alors pour tout cela, je redis un grand bravo et merci Ousmane : merci d’avoir pleuré en direct devant des milliers de personnes qui, peut-être après cela, s’autoriseront plus facilement à eux aussi dire merci en pleurant sans s’excuser.