Comment le coaching narratif et l’écriture autobiographique permettent de retrouver l’estime de soi ?
Malgré une scolarité difficile, M. trouve sa voie sans l’électronique et parvient à se réaliser professionnellement. Il trouve son épanouissement en tant que technicien en électronique à une époque où les nouvelles technologies se développent à vitesse grand V. Sa carrière est remplie de petites et grandes réussites, M. acquiert de plus en plus de responsabilités et devient « ingénieur en électronique », un titre important pour ses visites en Chine notamment. Son engagement et son sur-investissement le conduisent à un burn-out dont il se relève 3 semaines plus tard. Il n’est pas question pour M. de se laisser aller. Malheureusement il est licencié quelques temps pour raisons économiques. Il a 55 ans. Il ne s’en remettra pas.
Le burn-out et le licenciement imposent souvent une histoire dominante d’échec et de honte. L’histoire de M. montre comment le coaching narratif, à travers l’externalisation de la culpabilité et la mise au jour des éléments de réussite, lui a permis de séparer ce qu’il est, sa personne, de son traumatisme professionnel pour réécrire une histoire de vie remplie de fierté, grâce à une approche mêlant coaching narratif et écriture autobiographique sur une durée moyenne de 6 séances.
L’échec et la honte prennent toute la place
« Je me sens nul, j’ai été rejeté par mon entreprise, j’ai tout raté » sont souvent des phrases qui dominent après un licenciement et un burn-out. C’est tellement dur à vivre que cela devient l’histoire principale de la personne : elle ne se voit plus qu’à travers cet échec, elle ne se raconte plus qu’avec la honte. Une des étapes clés du coaching narratif consiste à externaliser le problème : le burn-out et le licenciement sont des événements extérieurs, ils ne définissent pas l’identité de la personne. Dit autrement, l’histoire de la personne ne se résume pas à cette histoire d’échec et de honte. Quand M. est venu me voir la première fois, il était d’humeur instable, dépressif. 20 ans après son licenciement , l’échec restait à vif et d’autant plus brutal qu’il résumait la fin de son histoire professionnelle. Ce sont sa femme et sa fille qui ont eu l’idée de lui faire écrire son histoire.
Quand elles m’ont contactée, la demande était de lui permettre de raconter son parcours professionnel sous l’angle de ses réussites et de l’aider à l’écrire. Le prétexte de sa fille : j’ai envie d’en savoir plus sur ce qu’il a fait. Je ne connais pas grand chose de sa vie professionnelle.
Comment ne plus se sentir coupable après un licenciement abusif ou un épuisement professionnel ?
La méthode narrative permet de déconstruire pour reconstruire. En amenant M. à raconter son histoire, peu à peu il a pu être en capacité de mettre au jour le système dans lequel il était embarqué. Il évoque lui-même une époque (les années 90) et des valeurs peu regardantes (il cite Bernard Tapie comme référence). Il a conscience d’être embarqué dans un management toxique mais répond systématiquement aux demandes qui lui sont faites et son expertise l’amène à se sentir de plus en plus utile, voire indispensable. Son récit est fait d’ascension. La chute est d’autant plus dure que M. était arrivé à un niveau de responsabilité et de confiance important vis-à-vis des équipes de direction. Son récit lui a permis de verbaliser l’exigence invisible de résultat et de perfection. En mettant le problème à l’extérieur de lui, la honte a pu diminuer. Et la fierté a pu à nouveau retrouver de la place. Il a pu verbaliser des scènes marquantes : le jour par exemple où il refuse de poursuivre une mission qu’on lui a imposée en Chine et qu’il repart le lendemain bravant toutes les règles tacites du pays parce qu’il se sent pris au piège a été pour lui un moment fort de résistance.
Tout au long de l’accompagnement et de la construction de l’histoire de Michel, nous relions ses moments de résistance pour créer un nouveau récit professionnel : celui d’une personne qui a survécu à un système toxique et qui peut à nouveau regarder ses réussites avec fierté.
Comment se passe un accompagnement en coaching narratif et écriture autobiographique ?
L’accompagnement narratif de M. a été construit autour de 5 séances de travail, d’1h à 2h chacune et une séance de conclusion. Les premières séances ont permis à M. de raconter son histoire, de l’enfance à la vie adulte. Nous avons travaillé au fur et à mesure à identifier les points clés de son histoire qui ont été fondateurs et qui avaient du sens à être racontés. Travailler l’enfance nous a permis d’éclairer les valeurs dans lesquelles M. avait grandi et le socle sur lequel il s’était construit. Cela nous a permis de mettre au jour une valeur travail très forte et une volonté de ne pas reproduire le modèle défaillant du père. Remonter le récit aux origines a permis de comprendre que M. avait tout donné à son travail. Cela nous a permis de comprendre comment les difficultés rencontrées à l’école, les petites phrases entendues de la part de ses professeurs et la manière dont son parcours scolaire s’était construit avaient pu altérer sa confiance. Cela a donné un tout autre sens à la manière dont il s’est engagé dans la vie professionnelle et le poids de sa réussite a pris une toute autre mesure.
Son récit a permis également de verbaliser un secret de famille qui reste difficile à digérer. Se raconter et écrire ces moments de vie difficiles ont été pour lui l’occasion de les déposer et de les rendre visibles à l’extérieur, auprès de ses filles notamment. Il a pu réévoquer d’autres moments de vie importants et marquants pour lui et, comme il l’a dit ensuite dans ses remerciements, de les exorciser ».
Quels sont les résultats d’un accompagnement narratif ?
L’accompagnement en coaching narratif et écriture autobiographique a toujours des effets sur la personne. L’attention portée à celui ou celle qui se raconte, le cadre mis en place pour sécuriser ses prises de parole et le respect de son histoire conditionnent la réussite de l’accompagnement. S’il n’a pas de visée thérapeutique, l’accompagnement en coaching narratif et écriture autobiographique induit de réels effets thérapeutiques.
Pour ce cas précis, le travail a abouti à la publication d’un livre à usage personnel dans lequel M. raconte son histoire. Il a choisi de la structurer par tranches de vie : l’enfance, l’adolescence, la vie professionnelle, la vie de famille. M. a tiré beaucoup de fierté dans la production de ce livre, fierté qui s’est concrétisée par la remise d’un exemplaire du livre à ses deux filles. Il a conclu le travail en disant que « la mission était accomplie ». Dans ses remerciements en introduction du livre, il écrit :
« Je remercie Barbara qui a su, par sa gentillesse, son attention bienveillante, ses questions pertinentes, me faire sortir de mes pensées une grande partie de ce que j’avais enfoui. Ce travail m’a permis d’exorciser une enfance pas forcément facile et un travail prenant qui s’est mal terminé. »
Si on ne lui avait pas appris à formuler de la fierté pendant son enfance, il a pu, grâce à ce travail, écrire « je suis fier de ce que j’ai fait » avec un grand JE. Et s’apaiser avec son histoire. A la fin de l’accompagnement narratif, M. a pu repartir avec une identité professionnelle restaurée : il était fier de remettre son histoire à sa femme et à ses filles. Fier de lire tout ce qu’il avait parcouru et de pouvoir dire : je l’ai fait.

