Les petites Histoire(s) de

Changer de voie professionnelle : quand il n’est plus possible de faire autrement

Le jour où tout a commencé ? Je m’en souviens comme si c’était hier. Je suis arrivée, comme chaque matin, à mon bureau. Baie vitrée face aux montagnes. Dossiers bien rangés. Ordinateur prêt à être allumé. Je me suis assise. J’ai balayé l’espace d’un long regard. Et je me suis dit : ce n’est plus possible. Ce matin-là, il était clair que, sans que je m’en rende compte, quelque chose que je n’avais pas vu venir, venait de prendre le dessus : l’ennui. Quoi de pire que de s’ennuyer au travail ? Moi qui ai toujours dit que l’on passait trop de temps au travail pour ne pas faire quelque chose qui nous passionne, que l’on aime ! Il devenait urgent de faire quelque chose. De changer les choses. Ce jour-là restera le premier jour du reste de ma vie… En écoutant l’ennui j’ai pu entendre une autre voix. Une voix bien cachée, disparue depuis quelques temps déjà. Je ne l’ai pas entendue tout de suite. Je ne me souviens plus exactement combien de temps il m’a fallu pour l’entendre et ouvrir ce tiroir qu’elle m’invitait à ouvrir.

Etre en posture d’écoute : écoute de soi, de ses besoins, de ses envies

Lorsque je décide de changer de voie, j’ai 45 ans et j’avais façonné une première partie de carrière qui me convenait bien : une carrière dans la communication, le choix de l’indépendance, l’écriture, la gestion de projets, la collaboration avec des clients qui étaient à la fois respectueux et professionnels. Parallèlement, j’avais atteint l’équilibre de vie pro-perso qui a toujours été une priorité pour ma vie. Je travaillais à mon compte et pouvais m’organiser comme je le souhaitais pour être disponible pour mes enfants. Au moment où l’ennui me rattrape, il est clair que j’arrive au bout d’un certain nombre d’années au service des autres (mes enfants, ma famille, mes clients) et je commence à avoir d’autres ambitions pour moi. L’envie de me mettre au centre me rattrape très clairement. L’envie de m’écouter et d’écouter ce qui me donne envie. Après un long chemin d’exploration et de travail personnel, je suis très au clair sur ce qu’il s’est passé pour moi à ce moment-là : c’est grâce à cela, et uniquement grâce à cela, que j’ai été en capacité d’écouter à la fois l’ennui et l’appel de mon grand-père.

Changer de voie professionnelle pour prendre une autre place

Ca m’a pris du temps de le comprendre et de me mettre réellement en mouvement mais lorsque j’ai enclenché réellement le processus, cela ne s’est plus arrêté. En consacrant du temps à me former, à explorer de nouvelles voies, je me redonnais une voix. A ce moment-là, il s’agit avant tout de me reconnecter à mes envies et de faire des choix. Je n’en étais pas encore à comprendre que me mettre au centre allait me permettre de me déplacer, et tous les autres avec… J’entrais sur le début de mon nouveau chemin. Un chemin qui m’amène 5 ans plus tard à être à un endroit un peu particulier : un endroit où j’ai façonné une activité qui me ressemble : c’est-à-dire qu’elle ne ressemble à aucune autre… et que, comme moi, je crois, elle mérite d’être connue pour être comprise !

S’accorder la possibilité de retrouver du sens

La semaine dernière, j’ai accueilli en résidence D., jeune photographe, venue s’accorder une pause de 2 jours. Elle avait besoin de réfléchir, de se mettre au vert pour prendre des décisions personnelles importantes. Je n’en sais pas plus et je n’ai pas besoin d’en savoir plus. Elle a choisi la formule « Liberté » : une résidence faite pour profiter du lieu, saisir l’espace, s’accorder du temps. Elle me dit vouloir écrire pour mieux réfléchir. Ça tombe bien, mon grand bureau est fait pour ça. Elle s’est accordé le luxe de choisir des jours ensoleillés : la lumière d’automne, les feuilles multicolores, les sommets enneigés. Elle n’aurait pu tomber mieux…

Cet été, V. a choisi la formule Histoire de vie et écriture autobiographique : une résidence de 5 jours que nous avons conçue sur-mesure à partir de ses envies et de ses moyens. Nous sommes parties de son envie d’écrire sur la maison de famille. Nous avons tirés des fils, tissés des liens. Elle a écrit. Elle a lu. Nous avons été émues. Elle est partie reposée, requinquée, pleine de lettres à écrire, de mots à partager, d’une voix (re)trouvée. Un an plus tôt, c’est une autre résidence que j’animais : V., consultante RH au cœur de Paris, saturée d’entretiens de recrutement en visio très à la mode après la période COVID, avait besoin de liberté. Laquelle ? Comment ? Pour en faire quoi ? C’est tout cela qu’elle est venue questionner. Une résidence qu’elle s’est accordée pour explorer un besoin de liberté qu’elle ne parvenait pas à cerner. La résidence « coaching et écriture de soi » a été créée pour elle. 5 jours d’ateliers, d’échanges, de réflexion. Une séance en marchant. Une lecture sur un banc. Là aussi l’inspiration puisée face au blanc des montagnes éblouies par le soleil brillant.

Revenir à soi pour ne pas tomber dans la routine et s’enfoncer dans l’ennui

D’autres viennent à la journée, le temps d’une séance. Le temps d’un atelier. C’est court mais à chaque fois la conclusion est la même : « ici c’est décidément pas pareil ». Pour imaginer cette formule « en résidence », il m’a fallu vivre l’expérience moi-même. Une pause que je me suis accordée un été pour écrire. Ecrire pour moi. Partie seule une semaine sur un plateau isolé, entourée de la douceur de l’animatrice et du respect d’un petit groupe avec lequel nous partagions chaque jour nos écrits, nos réflexions, nos doutes. Et nos émotions. 5 jours desquels je suis ressortie à la fois « pleine » : pleine de tout ce que j’avais pu poser, déposer, explorer, tester et écrire bien sûr. Mais aussi pleine d’une certitude : il y avait un vrai sens à proposer à d’autres cet « espace à soi » que je venais de vivre. En chemin vers ma propre identité professionnelle, il m’est apparu comme une évidence qu’il me fallait radicalement changer pour retrouver ma liberté et pouvoir avancer. Aujourd’hui, mon environnement de montagne et mon bureau à la montagne sont devenus une part entière de mon identité.

Et si changer de voie professionnelle était le meilleur cadeau que l’on pouvait se faire ?

Pour conclure cette petite histoire(s) de, j’ai envie de citer Charles Pépin, philosophe, sur sa vision de la notion de bonne et mauvaise habitude : « Là où la bonne habitude éveille la sensibilité, la mauvaise habitude l’endort. La bonne habitude nous rend plus vivants, la mauvaise au contraire est morbide, mortifère ; elle entrave cette vie que la bonne habitude suscite, et même révèle. » On pourrait alors imaginer qu’être rattrapée par l’ennui au travail, c’est ne pas vouloir « s’enfoncer dans la morne routine. C’est le chant de quelqu’un qui se libère – « I did it my way » – de quelqu’un qui apprend à faire les choses à sa manière, ce qui est peut-être la plus belle définition de la liberté. Mais comment réussit-on à faire enfin les choses à sa manière, à devenir soi-même, à exprimer sa personnalité ? eh bien par la grâce de cette habitude, de cette bonne répétition qui nous donne confiance et nous donne parfois la force de tenter de grandes choses – des choses inhabituelles. »