Mon approche de l’accompagnement mêlant récit de vie et coaching professionnel est si particulière que très souvent une question revient, comme une évidence : « tu es psy alors ? »… Eh non, je ne suis pas psy. En plaçant l’exploration des histoires de vie, professionnelles et personnelles, au cœur de ma pratique, je me situe à une frontière certes. Mais une frontière que je maintiens volontairement, considérant qu’il y a mille façons de « mettre au travail » son histoire. Mon accompagnement, tel que je le propose, arrive bien souvent après ou en complément d’une thérapie et permet d’autres éclairages. D’autres prises de conscience. Il peut devenir thérapeutique par ricochet bien sûr quand les prises de conscience opèrent, mais il permet avant tout de pouvoir réavancer, de manière plus libre et légère avec son histoire. De remettre de la lumière là où on ne la voit plus. De regarder autrement ce que l’on a vécu et les choix qui se sont opérés.

Le coaching, une modalité pour faire émerger le récit de vie professionnel

Je me réinterroge régulièrement sur la place que peuvent occuper les récits de vie dans ma pratique de coaching. Je suis même allée jusqu’à me réinterroger sur le « pourquoi » m’être formée au métier de coach. Quels liens cela a-t-il avec les récits de vie puisque nous ne travaillons – a priori – que sur la dimension professionnelle de la vie de la personne ? Et puis, lorsque je me suis trouvée confrontée à l’histoire de l’un de mes coachés, en proie avec sa peur du jugement, son incapacité à dire non, les frontières entre ses différentes histoires de vie – personnelle et professionnelle – sont apparues plutôt poreuses. Amenant ici un nouveau questionnement : peut-on, doit-on, en tant que coach, aller sur le terrain personnel de la personne accompagnée ?

Récit de vie professionnelle et histoire personnelle : quelles frontières ?

Mes accompagnements de récits de vie professionnels me renvoient, régulièrement et tout naturellement, que les frontières sont poreuses. Comme le disent les auteurs de Penser l’accompagnement biographique, « la personne est un tout : un être de désir, de sentiments, d’affects, de valeurs, de convictions qui sont indissociables de ses compétences et participent à la fois ‘de’ et ‘à’ son agir professionnel ». Dès lors que je me suis autorisée, avec son accord, à pénétrer le champ de vie personnelle, cela permet bien souvent, pour mon coaché comme pour moi, une belle avancée et une voie ouverte vers de nouveaux espaces de travail.
A l’inverse, d’autres accompagnements ne permettent à aucun moment de franchir cette frontière. Même si j’ai l’intime conviction que l’histoire de vie pourrait être un champ d’exploration pour ouvrir quelques portes supplémentaires et lui permettre d’autres espaces de réflexion, dès lors que la personne accompagnée ne s’y autorise pas, je n’y vais pas. En coaching, comme sans doute en thérapie, les éléments manquants font partie de l’histoire mais ce qui n’est pas raconté n’existe pas.

D’autres histoires ou d’autres lectures de l’histoire ?

Convaincue, comme le dit Vincent de Gaulejac, aux origines des démarches histoire de vie en sociologie clinique, qu’un travail sur l’histoire de vie permet de saisir les articulations entre les phénomènes objectifs, les déterminations inconscientes et l’expérience subjective, il me semble aujourd’hui évident que le récit de vie est un formidable support de travail dans le cadre du coaching professionnel pour faire émerger d’autres histoires mais également pour permettre d’autres lectures de l’histoire chez la personne accompagnée. Sans perspective ni visée thérapeutique, on ne peut exclure en coaching l’importance de ce qui émerge dans le récit de vie personnelle et fait lien avec ce qui est travaillé d’un point de vue professionnel. Travailler avec le récit c’est comprendre que l’on ne peut pas changer le passé mais le rapport que la personne entretient avec son histoire. Le récit de vie permet à la personne de ‘travailler’ sa vie. Raconter son histoire est un moyen de jouer avec le temps de la vie, de reconstruire le passé, de supporter le présent et d’embellir l’avenir.

L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet. (Vincent de Gaulejac)

Déconstruire les certitudes et croyances limitantes

Si l’accompagnement professionnel, et a fortiori avec le coaching orienté solution auquel je me suis formée, ne vise pas à explorer le problème, le questionnement du passé et du présent peut amener à déconstruire et reconstruire le rapport que la personne entretient avec le problème. Pour le coach comme le coaché, c’est une opportunité unique pour disposer d’autres grilles de lecture et déconstruire les certitudes, affirmations péremptoires, croyances limitantes qui viennent restreindre le champ de compréhension et d’expression de la personne accompagnée. Le travail sur l’histoire, en explorant certaines dimensions comme le rapport au travail, à l’argent, aux valeurs, a dans ce cas une fonction d’émancipation : en prenant conscience de ces déterminants, (ce travail) doit l’amener à s’en dégager et trouver de nouvelles marges de manœuvre dans son contexte professionnel.

L’identité professionnelle en quête de sens

Il me semble que la question de l’identité est sous-jacente, consciemment ou inconsciemment, à toute demande d’accompagnement professionnel. Quelle que soit la demande, quelle que soit la problématique rencontrée, l’individu se pose à un moment ou un autre de son parcours la question de son identité professionnelle. L’identité liée à son métier, à sa place dans l’entreprise, l’identité telle qu’il la vit mais également telle qu’elle est perçue par les autres membres de l’organisation. Une identité professionnelle qui, par le poids des injonctions extérieures de l’environnement dans lequel il est amené à travailler, peut se trouver en porte-à-faux avec son identité en tant qu’individu. Des injonctions très présentes dans nos sociétés hypermodernes au sein desquelles l’individu doit s’adapter à la course au changement, à l’exigence de performance, conjuguer autonomie, liberté et créativité tout en respectant les normes prescriptives du marché de l’emploi, du monde du travail et des modèles de consommation.

Le coaching, en faisant émerger le récit de vie professionnel, contribue à redonner du sens et, le cas échéant, à reconstruire des identités professionnelles égratignées. Le travail sur l’histoire de vie professionnelle est sans aucun doute un allié de poids pour accompagner des personnes dans des situations de vie professionnelles difficiles ou de transition importante comme la perte d’emploi ou le passage à la retraite par exemple. En renvoyant à la personne qu’elle n’existe plus professionnellement, ces moments de vie viennent directement atteindre l’identité professionnelle et bien souvent par ricochet l’identité personnelle.

Le travail de coaching en ce qu’il porte sur la personne, ses potentialités, ses ressources est une formidable opportunité ici pour faire ré-émerger ce passé au service de l’avenir. Et permettre à la personne accompagnée de redevenir auteur de sa propre histoire.